Ensauvagement

Combien d’entre nous avons vécu des coïncidences? Nous sommes probablement assez nombreux. Peut-être même que ceux qui pensent n’en avoir jamais vécu ont simplement du mal à s’en souvenir. Ces situations dépassent le sens commun, si bien qu’elles n’entrent pas dans le répertoire des souvenirs utiles. C’est bien cela le problème, davantage que le nombre de personnes qui pourraient attester que ces concours de circonstances hallucinants, qu’aucun auteur n’oserait mettre en scène, se produisent réellement, objectivement, preuves à l’appui.

Le problème est bien davantage que, même chez ceux qui peuvent en attester, il n’y a aucun moyen d’en parler et d’être entendu. Même par soi-même.

Inutiles, trop personnelles, fugaces, ces expériences significatives qui nous font penser : « c’est comme si l’univers me parlait! » ou « c’est comme si les choses étaient connectées », ou « c’est comme dans un rêve », etc., s’accumulent comme des traumatismes, sinon que la thérapie qui nous permettrait de nous souvenir guérirait notre vision du monde.

Ce régime de vérité qui nous interdit de penser à nouveau comme des « sauvages » – des animistes qui voient le monde leur parler – doit être aboli. Il doit être détruit. Ce ne sont pas seulement les « coïncidences », j’y reviendrai, d’autres phénomènes méritent urgemment notre attention, mais ils méritent aussi davantage de préparation. Les « coincidences », c’est une chose qu’on peut désigner, pointer du doigt, à défaut d’en parler. Je mets la table. Le projet est de dompter ce sentiment qui ressemble à une envie de tout casser, qui bout dans la poitrine, le sentiment que cet arrière-monde doit maintenant advenir, au lieu d’être le matériau de nos évasions cinématographiques et romanesques.

(Jour 1)

 

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