Écrire en situation de pression démographique

La pression démographique des consciences, c’est cette réalité que la voix de l’infinie majorité des auteurEs sur le Web sera étouffée par les autres auteurEs.

Il y a quelques histoires exceptionnelles. Des auteurEs, de textes ou de vlogues, qui ont réussi à se faire entendre malgré tout ce bruit, mais il est encore plus rare que ces personnes subsistent, qu’elles conservent leur notoriété après avoir atteint leur cible, leur public cible, pendant un temps. Les personnes qui réussissent à subsister en ligne tout en gardant un bon public cible sont celles qui ont une institution avec elles, que ce soit un bon vieux journal en version électronique ou un site qui a atteint la notoriété, ou qui se sont créé leur propre institution.

Alors si je vous parle, si je te parle, c’est pour te dire qu’on n’arrivera à rien si on ne se crée pas un ou des collectifs d’écriture, de création en général, ayant une certaine permanence, un certain poids démographique, vers lesquels on peut se tourner.

Un piège, selon moi, est de penser que ces regroupements doivent simplement agglomérer des personnes qui pensent plus ou moins de la même manière et sont prêtes à se dépanner mutuellement, à se donner des conseils.

Ces quelque 200 mots que tu viens de lire sont une manière d’exprimer mon intuition persistante. J’aurais pu parler différemment, j’aurais pu donner des exemples, hausser le niveau de langage, le baisser. Peut-être que tu ressens la même urgence, mais que tu ne veux pas parler de « collectifs ». Peut-être que ta solution, c’est l’affection que l’on se porte mutuellement, qui pourrait nous permettre de nous améliorer mutuellement en tant qu’auteurEs, et de mieux diffuser ce qui en vaut la peine. Parlons-en, si c’est ce que tu penses. Je suis ouvert à ça… et pour moi, ce sera déjà le début d’un collectif.

Un collectif, c’est aussi les gens qui diffuseront cette création fabriquée par quatre, six, huit, 22 mains comme on diffuse une pétition. C’est aussi des gens qui ouvriront de nouvelles avenues pour ce texte, cette création : de nouveaux groupes d’amis — dans une autre tranche d’âge, région, communauté linguistique –, de nouveaux médias et institutions — journalistes, « influenceurs », chercheurs, gouvernements –, des nouvelles formes — version vidéo, texte, audio; version fouillée, épurée.

 

 

 

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Ensauvagement

Combien d’entre nous avons vécu des coïncidences? Nous sommes probablement assez nombreux. Peut-être même que ceux qui pensent n’en avoir jamais vécu ont simplement du mal à s’en souvenir. Ces situations dépassent le sens commun, si bien qu’elles n’entrent pas dans le répertoire des souvenirs utiles. C’est bien cela le problème, davantage que le nombre de personnes qui pourraient attester que ces concours de circonstances hallucinants, qu’aucun auteur n’oserait mettre en scène, se produisent réellement, objectivement, preuves à l’appui.

Le problème est bien davantage que, même chez ceux qui peuvent en attester, il n’y a aucun moyen d’en parler et d’être entendu. Même par soi-même.

Inutiles, trop personnelles, fugaces, ces expériences significatives qui nous font penser : « c’est comme si l’univers me parlait! » ou « c’est comme si les choses étaient connectées », ou « c’est comme dans un rêve », etc., s’accumulent comme des traumatismes, sinon que la thérapie qui nous permettrait de nous souvenir guérirait notre vision du monde.

Ce régime de vérité qui nous interdit de penser à nouveau comme des « sauvages » – des animistes qui voient le monde leur parler – doit être aboli. Il doit être détruit. Ce ne sont pas seulement les « coïncidences », j’y reviendrai, d’autres phénomènes méritent urgemment notre attention, mais ils méritent aussi davantage de préparation. Les « coincidences », c’est une chose qu’on peut désigner, pointer du doigt, à défaut d’en parler. Je mets la table. Le projet est de dompter ce sentiment qui ressemble à une envie de tout casser, qui bout dans la poitrine, le sentiment que cet arrière-monde doit maintenant advenir, au lieu d’être le matériau de nos évasions cinématographiques et romanesques.

(Jour 1)

 

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